Jeudi 3 juillet 2008
     Il me faut encore traverser cet immense parking. J’aurais propbablement mieux fait de rentrer plus tôt, mais il pleuvait à torrent, et j’étais bien là-bas. Il fait nuit noire, et la lumière orange qui tombe des réverbères donne une incroyable impression de saleté. Peut-être aussi que les poubelles débordantes n’y sont pas pour rien... Elles ont beau être énormes, elles n’arrivent jamais à contenir les détritus de ces familles trop nombreuses, de ces gens sans le choix qui vivent parqués dans des tours de béton. C’est du armé tout de même, ici, on ne lésine pas sur la qualité, peinture d’époque pour les murs et rouille véritable pour les boites à lettres. Les jeunes aux casquettes sont encore là, comme ils aiment à le dire, ils tiennent les murs, mais à cette heure-ci, je pense que ce sont plutôt les murs qui les tiennent. Imbibés d’inaction et de bières en bouteille, ils font presque partie du décors, intégrés aux façades taguées du bloc 15. Je n’essaie pas de savoir qui ils sont, je slalome entre les voitures, l’air naturel, comme si le fait que je sois encore dehors soit l’évidence même. J’entends les murmures qui montent du petit groupe, c’est pas la petite du cinquième ça ? Ils me suivent du regard, jaugeant marchandise. Je ne tourne pas la tête, momentanément sourde et mécanique Mais mon désir de me fondre dans le béton ne reste que désir, et le premier m’interpelle d’un bonsoir. Je les regarde alors, simplement pour répondre, ma dernière envie étant de déclancher leur colère. Ils sont six, ils sont tous en jogging et baskets, et tiennent chacun dans leur main une k** décapsulée, plus ou moins entamée.
    
   « Hé ! Mademoiselle, vous avez l’heure ?
     - 3h15...
     - Ah, vous êtes charmante, hein.. »
     Bien plus que me complimenter, ils se font la remarque à eux-mêmes, hochement de tête, pas mal la meuf... Je ne réponds rien, je veux juste mettre le plus de mètres entre eux et moi, être au plus proche de l’escalier salvateur, espérer très fort que l’heure leur suffira, qu’il ne faudra ni courir, ni crier. Je me demande ce qui a bien pu me passer par la tête de rentrer si tard. Voilà maintenant qu’ils veulent copiner.
   «  Ca te dit pas de venir fumer un peu avec nous ? Manière, comme ça, on fera juste connaissance autour d’un p’tit bédo...
     - Ah, non, c’est gentil, ma mère m’attend... »

     Eux comme moi savent bien que ma mère ne m’attend pas, que je vis seule, dans le studio sur la coursive du 23. Eux comme moi savent bien que personne ne s’inquiètera si je n’arrive pas de suite, si je tarde un peu... Mais je refuse, et avance encore. Alors, de charmante je deviens sa***, je suis parait-il trop bien pour eux, ou peut-être ne le sont-ils pas assez pour moi... Je continue de marcher, un peu plus vite, je ne me retourne plus, je ne suis qu’une sale p***. Mais ils ne bougeront pas, pas ce soir, il est trop tard, ils ont trop bu,. Je prends l’ascenseur.

* version censurée !
Par Millie - Publié dans : ... divers ...
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Commentaires

Comme quoi l'alcool a certains mérites ! hé hé ! Tu as fait pousser des tours chez toi ??? Ou plutôt dans tes rêves ( cauchemars ? ) ??? Gros smacks ma Princesse !
Commentaire n°1 posté par Fred le 03/07/2008 à 10h46
Ben, en fait, comme le précise la mention en bas de la page, tout n'est pas forcément à prendre au pied de la lettre !!
Bisous fred
Réponse de Millie le 03/07/2008 à 19h00
concerant ton com sur tes déboires avec titus tome1, jai appelé mon éditeur, faut qu'on vois ça par mail ou par tel que je t'explique le topo Merci de ton soutien
Commentaire n°2 posté par Koulou (flegroll) le 03/07/2008 à 10h52
Je vas mailé alors...
Réponse de Millie le 03/07/2008 à 19h00
coucou Millie;) c'est partout pareil,la façon d'aborder les filles a bien changé j'en ai pour témoignage les propos de ma fille. bises à toi jaguar placide
Commentaire n°3 posté par marc le 03/07/2008 à 12h31
Heureusement, là je pousse à l'extrême, ça ne m'est jamais arrivé.. Enfin si, les abordages sauvages, mais toujours dans la limite du correct.. !
Réponse de Millie le 03/07/2008 à 19h01
Quel grand malheur que d'être aussi jolie millie... La rançon du canon ! ;)
Commentaire n°4 posté par MieL le 03/07/2008 à 18h58
PimenT !!! sort du corps de MieL !!!
Réponse de Millie le 03/07/2008 à 19h02
Héhé, mon oeuvre diabolique est en marche, je prends le POUVOIIIIIIIR, gnark gnark gnark machiavélique je suis (en plus d'être acerbe).
Commentaire n°5 posté par PimenT le 12/07/2008 à 13h41
Je me ballade et me voila sur ce beau site que je ne connaissais pas encore, belle présentation avec des jolis textes et photographies, je reviendrais a bientôt ………………..Rose
Commentaire n°6 posté par Rose le 22/07/2008 à 21h15
L'angoisse qui monte et les pas qui s'accélérent? Ou la certitude que te toute façon, ils ne feront rien?
Commentaire n°7 posté par Jim le 01/10/2008 à 13h45

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Boris Vian

Je veux une vie en forme d'arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d'un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable dans des mains
En forme de pain vert ou de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d'édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore
Je ne suis jamais content

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