Vendredi 4 juillet 2008
J'ai gentiment enlevé mes chaussures,
Mais on m'a dit, et ce d'un ton très poli,
Qu'il ne m'était pas permis de rester ici.
Alors sagement j'ai fait marche arrière,
Sans questionnement, j'ai su bien me taire,
Et il me semble, je ne suis plus très sûre,
Que j'ai perdu toutes mes deux chaussures !
Par Millie - Publié dans : ... les poésies ...
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Jeudi 3 juillet 2008
     Il me faut encore traverser cet immense parking. J’aurais propbablement mieux fait de rentrer plus tôt, mais il pleuvait à torrent, et j’étais bien là-bas. Il fait nuit noire, et la lumière orange qui tombe des réverbères donne une incroyable impression de saleté. Peut-être aussi que les poubelles débordantes n’y sont pas pour rien... Elles ont beau être énormes, elles n’arrivent jamais à contenir les détritus de ces familles trop nombreuses, de ces gens sans le choix qui vivent parqués dans des tours de béton. C’est du armé tout de même, ici, on ne lésine pas sur la qualité, peinture d’époque pour les murs et rouille véritable pour les boites à lettres. Les jeunes aux casquettes sont encore là, comme ils aiment à le dire, ils tiennent les murs, mais à cette heure-ci, je pense que ce sont plutôt les murs qui les tiennent. Imbibés d’inaction et de bières en bouteille, ils font presque partie du décors, intégrés aux façades taguées du bloc 15. Je n’essaie pas de savoir qui ils sont, je slalome entre les voitures, l’air naturel, comme si le fait que je sois encore dehors soit l’évidence même. J’entends les murmures qui montent du petit groupe, c’est pas la petite du cinquième ça ? Ils me suivent du regard, jaugeant marchandise. Je ne tourne pas la tête, momentanément sourde et mécanique Mais mon désir de me fondre dans le béton ne reste que désir, et le premier m’interpelle d’un bonsoir. Je les regarde alors, simplement pour répondre, ma dernière envie étant de déclancher leur colère. Ils sont six, ils sont tous en jogging et baskets, et tiennent chacun dans leur main une k** décapsulée, plus ou moins entamée.
    
   « Hé ! Mademoiselle, vous avez l’heure ?
     - 3h15...
     - Ah, vous êtes charmante, hein.. »
     Bien plus que me complimenter, ils se font la remarque à eux-mêmes, hochement de tête, pas mal la meuf... Je ne réponds rien, je veux juste mettre le plus de mètres entre eux et moi, être au plus proche de l’escalier salvateur, espérer très fort que l’heure leur suffira, qu’il ne faudra ni courir, ni crier. Je me demande ce qui a bien pu me passer par la tête de rentrer si tard. Voilà maintenant qu’ils veulent copiner.
   «  Ca te dit pas de venir fumer un peu avec nous ? Manière, comme ça, on fera juste connaissance autour d’un p’tit bédo...
     - Ah, non, c’est gentil, ma mère m’attend... »

     Eux comme moi savent bien que ma mère ne m’attend pas, que je vis seule, dans le studio sur la coursive du 23. Eux comme moi savent bien que personne ne s’inquiètera si je n’arrive pas de suite, si je tarde un peu... Mais je refuse, et avance encore. Alors, de charmante je deviens sa***, je suis parait-il trop bien pour eux, ou peut-être ne le sont-ils pas assez pour moi... Je continue de marcher, un peu plus vite, je ne me retourne plus, je ne suis qu’une sale p***. Mais ils ne bougeront pas, pas ce soir, il est trop tard, ils ont trop bu,. Je prends l’ascenseur.

* version censurée !
Par Millie - Publié dans : ... divers ...
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Homonymes

Il y a le vert du cerfeuil
Et il y a le ver de terre
Il y a l'endroit et l'envers
L'amoureux qui écrit en vers
Le verre d'eau plein de lumière,
La fine pantoufle de vair
Et il y a moi, tête en l'air,
Qui dit toujours tout de travers.

Maurice Carême
extrait de Le Mât de Cocagne

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